mardi 12 janvier 2010

Petits joueurs : les jeux spontanés des enfants et des jeunes mammifères


L'étude parallèle des jeux animaux et humains n'est pas une idée nouvelle, et dès le XIXe siècle lorsque Karl Groos s'intéresse aux premiers c'est pour comprendre l'origine du jeu des humains : le jeu, activité culturelle par excellence, puisque intellectuelle, trouve-t-elle son explication dans les jeux apparents des animaux ? La démarche analogue de Stéphane Jacob, tout en adaptant le livre de Thomas Power Play and exploration in children and animals, propose un point de vue évolutionniste pour répondre à la question Pourquoi joue-t-on ?.

La principale critique est que malgré un titre prometteur, à la fois imagé et amusant, ce livre n'est ni l'un ni l'autre. S'affichant comme une vulgarisation, il est imprimé en noir et blanc en corps 10 sans saut de ligne, ne dédaigne pas le jargon universitaire et ne s'intéresse qu'à faire la synthèse de (très) nombreuses observations de terrain. Or bien que privilégiant outrageusement la bibliographie anglo-saxonne, il fait pourtant l'impasse sur l'authentique vulgarisation de Susanna Millar : La psychologie du jeu chez les enfants et les animaux. C'est bien dommage car à la différence de ce dernier, l'ouvrage de Stéphane Jacob est plutôt aride à lire, et le manque de hauteur de vue inquiète. Par exemple l'auteur, à la suite d'autres chercheurs, réfute l'hypothèse que les jeux chez les cerfs mâles prépareraient aux futurs affrontements de la période des amours, au prétexte que ceux-ci ne s'entraînent jamais à la charge frontale lorsqu'ils jouent. Il ne lui vient pas à l'esprit que c'est précisément parce que cette manoeuvre est dangereuse, étant susceptible de blesser gravement le partenaire, comme pourraient l'être un coup à la gorge ou aux yeux dans un jeu enfantin, que les jeunes joueurs se les interdisent spontanément tant qu'ils sont dans le registre du jeu. Enfin n'importe quel sportif vous dira que s'entraîner à la nage vous rend plus performant à la course...

La conclusion est à l'image du reste de l'ouvrage : le jeu serait un processus de maturation nerveuse qui pousserait à la recherche de stimulations. Réponse qui satisfait sans doute le biologiste mais qui ne répond sûrement pas à la question Pourquoi joue-t-on ?. Résultat qui n'est guère surprenant au regard de la bibliographie, dénuée de toute référence épistémologique à cette question. Enfin si le processus de maturation est retenu, il n'explique pas pourquoi les humains adultes continuent à jouer...

Mais ces critiques faites, Petits joueurs n'en est pas moins un état de l'éthologie ludique passionnant, dévoilant les différentes formes que prend le jeu chez les animaux avec des analogies intéressantes chez l'enfant, pour peu que ce sujet vous intéresse... et seulement lui.

Petits joueurs : les jeux spontanés des enfants et des jeunes mammifères de Stéphane Jacob et Thomas Power, Mardaga 2006, 156 p., 19 €

2 commentaires:

Napoleón Lasagabaster a dit…

Acabo de ver esta película: http://www.filmaffinity.com/es/film995163.html

Tal vez te pueda interesar.

Saludos.

Don Diego a dit…

Merci beaucoup pour ce lien. Si j'ai l'occasion de visionner ce film je le critiquerai ici même.